Institut Polytechnique de Paris
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Chaire « Technology for Change : environnement, société et industrie »

Chaire « Technology for Change : environnement, société et industrie »

Le changement climatique et l’altération des écosystèmes sont devenus une réalité incontestée du 21e siècle. Ces deux phénomènes continuent malheureusement de se renforcer l’un l’autre : l'appauvrissement pousse à utiliser des solutions et des technologies plus nocives pour l’environnement, tandis que le réchauffement climatique génère plus de pauvreté, accentuant le caractère pressant d’une action régulatrice urgente.

L’espèce humaine, désignée aujourd’hui comme une « espèce invasive »1, se trouve plus que jamais au cœur des aléas d’un monde en mutation, choisi ou subi. La fracture sociale et numérique qui s’opère à l’échelle planétaire vient accentuer d’ores et déjà les inégalités, sources structurelles d’instabilité à travers le monde. Ces inégalités qui se cumulent et se creusent touchent à la fabrique même du tissu social, inhibant sa cohésion complète tant à l’échelle locale qu’à l’échelle globale, régionale et internationale.

La crise sanitaire actuelle, quant à elle, risque de renforcer ces bouleversements et de se prolonger par une dépression économique et sociale durable ébranlant les entreprises, désormais plongées dans un environnement inconnu, dans un contexte où la relocalisation nationale et européenne de filières identifiées comme critiques ne cesse de les pousser vers une compétitivité acharnée.
 


(1) Voir leçon inaugurale « Homo sapiens, une espèce invasive », Collège de France, Janvier 2022.

Le progrès technologique est de plus en plus pointé du doigt ces dernières années. Les technologies de pointe sont bien souvent réservées aux strates les plus favorisées de nos sociétés tout en ayant des effets néfastes sur les autres : certains produits sont fabriqués dans les pays en développement, consommés dans les pays développés puis à nouveau « jetés » dans les pays en développement qui supportent des coûts environnementaux et sociaux élevés pour le compte de consommateurs lointains.

L’épuisement des ressources naturelles et énergétiques nous pousse à réfléchir à de nouveaux modèles et de nouveaux usages, mais ne freine pour autant pas l’obsolescence programmée et la surconsommation de produits et de contenus. Les enjeux liés à la protection des données, à l'intelligence artificielle et au caractère intrusif de certaines technologies font planer des inquiétudes sur les progrès à venir.

Face à ces réalités, faut-il en conclure, comme n'hésitent pas à le faire certains, que la technologie est intrinsèquement mauvaise ?

Rejeter tout progrès scientifique et technologique, alors que celui-ci s’est avéré être historiquement une force économique, sociale et culturelle capable, si utilisée à bon escient, de nous rassembler autour de causes justes, n’a aucun sens. Or un obstacle majeur est la manière dont nous mesurons le progrès : aujourd'hui, c'est l'impact financier qui sert d'indicateur d'intérêt pour les avancées technologiques, alors que la pertinence de celles-ci serait plus utilement mesurée également à l'aune de leur impact social ou environnemental.

De plus, nous ne percevons pas les avancées technologiques de la même manière : alors que certains appellent à la sobriété technologique dans les sociétés occidentales favorisées, plus de 6 milliards d'humains attendent, eux, le progrès technique avec impatience. Toutefois, les innovations des pays développés s'adaptent mal dans les pays en développement, et au sein d’un même pays les différents territoires et groupes sociaux percevront différemment la valeur ajoutée d’une technologie donnée : pour avoir un sens, l'innovation technologique doit donc être inclusive, sociale et systémique, c'est-à-dire bénéficier à tous et en particulier aux personnes les plus défavorisées de nos sociétés, celles qui sont traditionnellement exclues de ces processus d’innovations.

Nous sommes donc face à une double responsabilité historique : le défi de la technologie responsable et inclusive doit être relevé non seulement parce que notre survie - en tant que membres de sociétés humaines, et en tant qu'habitants de notre planète - en dépend, mais également parce que l'alternative - l'arrêt du progrès - serait extrêmement néfaste. Il nous appartient donc de montrer qu'innovation et progrès technologique peuvent être vertueux, inclusifs et responsables, pour l’humanité et pour notre planète.

Il apparaît désormais nécessaire de penser et d'expérimenter la transition environnementale, sociale et industrielle vers des systèmes plus ouverts, plus inclusifs et plus durables pour accompagner les entreprises et la société au sens large dans ce nouveau paradigme. Face à ces défis, il devient primordial de croiser les disciplines, les cultures et les approches et d’utiliser au mieux l'innovation ouverte pour imaginer de nouvelles manières de faire. Cette démarche sera capable de redonner les clés de compréhension et d'action aux femmes et hommes décideurs actuels et futurs et de repenser la nécessaire transformation de la technologie et des organisations face à ces défis environnementaux, sociaux et industriels.

C’est dans cet esprit qu’a été envisagée la création de la chaire « Technologie pour le changement : environnement, société et industrie » à l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris). Si cette démarche s’inscrit dans la tradition d’excellence technique portée par l’institut et ces écoles, il s’agit avant tout d’un programme tourné vers l’avenir, avec pour vocation de répondre aux grands défis d’aujourd’hui et de demain.

Le croisement des regards sur les enjeux liés à l'inclusivité et à la durabilité de l'innovation technologique donnera lieu au développement de programmes interdisciplinaires de recherche et d’enseignement alliant sciences « dures » (nouvelles énergies, intelligence artificielle, matériaux innovants, informatique, ingénierie biomédicale, micro- et nanoélectronique, matériaux innovants, mathématiques appliquées, etc.) et sciences humaines (management et sciences de gestion, sciences économiques, sociologie, ethnologie, psychologie, etc.).

Le caractère à la fois universel et prégnant des thématiques explorées rend les actions de sensibilisation et de dissémination des travaux réalisés particulièrement pertinents. Plusieurs types de publics pourraient être visés :

  1. Le grand public, à travers l'organisation d'événements publics et la création de contenus lui étant destinés ;
  2. Les décideurs politiques, à travers la création d'un cercle de réflexion sur les enjeux de la technologie examinés à travers le prisme de l'inclusivité et de la durabilité.

Chercheuses et chercheurs

  • Thierry Rayna, professeur de l’École polytechnique (IP Paris), directeur de la chaire
  • Pilar Acosta, maîtresse de conférences de l’École polytechnique (IP Paris)
  • Simcha Jong, professeur chargé de cours à l’École polytechnique (IP Paris) & professeur de l’Université de Leiden (Pays-Bas)
  • Mette Praest Knudsen, professeure chargée de cours à l’École polytechnique (IP Paris) & professeure de l’Université du Danemark du Sud (Danemark)
  • Benoit Tezenas du Montcel, chargé d’enseignement à l’École polytechnique (IP Paris) & maître de conférences de l’Institut Mines-Télécom Business School
  • Max von Zedtwitz, professeur invité à l’École polytechnique (IP Paris) & professeur de la Copenhagen Business School (Danemark)
  • Vincent Berthelot, chercheur postdoctoral à l’École polytechnique (IP Paris)


Appui opérationnel

  • Christelle Nema, coordinatrice
  • Imen Ben Mahmoud, chargée de communication scientifique
Contexte historique

Le changement climatique et l’altération des écosystèmes sont devenus une réalité incontestée du 21e siècle. Ces deux phénomènes continuent malheureusement de se renforcer l’un l’autre : l'appauvrissement pousse à utiliser des solutions et des technologies plus nocives pour l’environnement, tandis que le réchauffement climatique génère plus de pauvreté, accentuant le caractère pressant d’une action régulatrice urgente.

L’espèce humaine, désignée aujourd’hui comme une « espèce invasive »1, se trouve plus que jamais au cœur des aléas d’un monde en mutation, choisi ou subi. La fracture sociale et numérique qui s’opère à l’échelle planétaire vient accentuer d’ores et déjà les inégalités, sources structurelles d’instabilité à travers le monde. Ces inégalités qui se cumulent et se creusent touchent à la fabrique même du tissu social, inhibant sa cohésion complète tant à l’échelle locale qu’à l’échelle globale, régionale et internationale.

La crise sanitaire actuelle, quant à elle, risque de renforcer ces bouleversements et de se prolonger par une dépression économique et sociale durable ébranlant les entreprises, désormais plongées dans un environnement inconnu, dans un contexte où la relocalisation nationale et européenne de filières identifiées comme critiques ne cesse de les pousser vers une compétitivité acharnée.
 


(1) Voir leçon inaugurale « Homo sapiens, une espèce invasive », Collège de France, Janvier 2022.

Le progrès technologique est de plus en plus pointé du doigt ces dernières années. Les technologies de pointe sont bien souvent réservées aux strates les plus favorisées de nos sociétés tout en ayant des effets néfastes sur les autres : certains produits sont fabriqués dans les pays en développement, consommés dans les pays développés puis à nouveau « jetés » dans les pays en développement qui supportent des coûts environnementaux et sociaux élevés pour le compte de consommateurs lointains.

L’épuisement des ressources naturelles et énergétiques nous pousse à réfléchir à de nouveaux modèles et de nouveaux usages, mais ne freine pour autant pas l’obsolescence programmée et la surconsommation de produits et de contenus. Les enjeux liés à la protection des données, à l'intelligence artificielle et au caractère intrusif de certaines technologies font planer des inquiétudes sur les progrès à venir.

Face à ces réalités, faut-il en conclure, comme n'hésitent pas à le faire certains, que la technologie est intrinsèquement mauvaise ?

Rejeter tout progrès scientifique et technologique, alors que celui-ci s’est avéré être historiquement une force économique, sociale et culturelle capable, si utilisée à bon escient, de nous rassembler autour de causes justes, n’a aucun sens. Or un obstacle majeur est la manière dont nous mesurons le progrès : aujourd'hui, c'est l'impact financier qui sert d'indicateur d'intérêt pour les avancées technologiques, alors que la pertinence de celles-ci serait plus utilement mesurée également à l'aune de leur impact social ou environnemental.

De plus, nous ne percevons pas les avancées technologiques de la même manière : alors que certains appellent à la sobriété technologique dans les sociétés occidentales favorisées, plus de 6 milliards d'humains attendent, eux, le progrès technique avec impatience. Toutefois, les innovations des pays développés s'adaptent mal dans les pays en développement, et au sein d’un même pays les différents territoires et groupes sociaux percevront différemment la valeur ajoutée d’une technologie donnée : pour avoir un sens, l'innovation technologique doit donc être inclusive, sociale et systémique, c'est-à-dire bénéficier à tous et en particulier aux personnes les plus défavorisées de nos sociétés, celles qui sont traditionnellement exclues de ces processus d’innovations.

Nous sommes donc face à une double responsabilité historique : le défi de la technologie responsable et inclusive doit être relevé non seulement parce que notre survie - en tant que membres de sociétés humaines, et en tant qu'habitants de notre planète - en dépend, mais également parce que l'alternative - l'arrêt du progrès - serait extrêmement néfaste. Il nous appartient donc de montrer qu'innovation et progrès technologique peuvent être vertueux, inclusifs et responsables, pour l’humanité et pour notre planète.

Il apparaît désormais nécessaire de penser et d'expérimenter la transition environnementale, sociale et industrielle vers des systèmes plus ouverts, plus inclusifs et plus durables pour accompagner les entreprises et la société au sens large dans ce nouveau paradigme. Face à ces défis, il devient primordial de croiser les disciplines, les cultures et les approches et d’utiliser au mieux l'innovation ouverte pour imaginer de nouvelles manières de faire. Cette démarche sera capable de redonner les clés de compréhension et d'action aux femmes et hommes décideurs actuels et futurs et de repenser la nécessaire transformation de la technologie et des organisations face à ces défis environnementaux, sociaux et industriels.

C’est dans cet esprit qu’a été envisagée la création de la chaire « Technologie pour le changement : environnement, société et industrie » à l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris). Si cette démarche s’inscrit dans la tradition d’excellence technique portée par l’institut et ces écoles, il s’agit avant tout d’un programme tourné vers l’avenir, avec pour vocation de répondre aux grands défis d’aujourd’hui et de demain.

Le croisement des regards sur les enjeux liés à l'inclusivité et à la durabilité de l'innovation technologique donnera lieu au développement de programmes interdisciplinaires de recherche et d’enseignement alliant sciences « dures » (nouvelles énergies, intelligence artificielle, matériaux innovants, informatique, ingénierie biomédicale, micro- et nanoélectronique, matériaux innovants, mathématiques appliquées, etc.) et sciences humaines (management et sciences de gestion, sciences économiques, sociologie, ethnologie, psychologie, etc.).

Le caractère à la fois universel et prégnant des thématiques explorées rend les actions de sensibilisation et de dissémination des travaux réalisés particulièrement pertinents. Plusieurs types de publics pourraient être visés :

  1. Le grand public, à travers l'organisation d'événements publics et la création de contenus lui étant destinés ;
  2. Les décideurs politiques, à travers la création d'un cercle de réflexion sur les enjeux de la technologie examinés à travers le prisme de l'inclusivité et de la durabilité.

Chercheuses et chercheurs

  • Thierry Rayna, professeur de l’École polytechnique (IP Paris), directeur de la chaire
  • Pilar Acosta, maîtresse de conférences de l’École polytechnique (IP Paris)
  • Simcha Jong, professeur chargé de cours à l’École polytechnique (IP Paris) & professeur de l’Université de Leiden (Pays-Bas)
  • Mette Praest Knudsen, professeure chargée de cours à l’École polytechnique (IP Paris) & professeure de l’Université du Danemark du Sud (Danemark)
  • Benoit Tezenas du Montcel, chargé d’enseignement à l’École polytechnique (IP Paris) & maître de conférences de l’Institut Mines-Télécom Business School
  • Max von Zedtwitz, professeur invité à l’École polytechnique (IP Paris) & professeur de la Copenhagen Business School (Danemark)
  • Vincent Berthelot, chercheur postdoctoral à l’École polytechnique (IP Paris)


Appui opérationnel

  • Christelle Nema, coordinatrice
  • Imen Ben Mahmoud, chargée de communication scientifique