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Voici les 10 finalistes du concours Ma thèse en 180 secondes 2026 d’IP Paris

Le 05 Mar. 2026
Jeudi 12 mars 2026, dix jeunes chercheurs présenteront leur sujet de thèse dans le cadre de la finale locale du concours Ma Thèse en 180 secondes organisée par l'Institut Polytechnique de Paris. Le public présent à cet événement phare de médiation scientifique pourra voter pour son candidat favori.
Voici les 10 finalistes du concours Ma thèse en 180 secondes 2026 d’IP Paris
Les 10 finalistes IP Paris de Ma thèse en 180 secondes © Insitut Polytechnique de Paris -Michel Desnoues

La finale locale du concours Ma Thèse en 180 secondes 2026 aura lieu le jeudi 12 mars 2026 à l'École polytechnique de 10h à 12h. Dix finalistes ont été pré-selectionnés cette année, venez les encourager et voter pour celui qui vous aura le plus convaincu !

Porté par les Écoles doctorales et la Graduate School IP Paris, le concours MT180 offre aux jeunes chercheurs l’opportunité de partager leurs travaux avec un large public et, pourquoi pas, de susciter des vocations scientifiques.

Cette édition 2026 propose une expérience spécialement conçue pour les lycéens : l’objectif est de créer un lien concret et enrichissant entre les doctorants et les élèves.

Dans ce format inédit, près de 200 lycéens seront invités par le Centre égalité des chances IP Paris pour assister à la compétition et prendre part au vote du public.

Le spectacle de médiation scientifique est gratuit et ouvert au public, inscription obligatoire en complétant le formulaire.

Margherita Castellano effectue sa thèse au Centre de Mathématiques Appliquées (CMAP, une unité mixte de recherche CNRS, Inria, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Modélisation mathématique de la séparation de deux fluides non-miscibles en présence d'une espèce nommée surfactant.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

Mon travail consiste à décrire mathématiquement une situation physique dans le but de mieux comprendre les dynamiques qui y entrent en jeu.  Dans le cas présent, il s’agit de s’intéresser à l’interaction de deux fluides qui ne se mélangent pas - comme l’eau et l’air ou l’eau et l’huile par exemple - en présence de petites molécules appelées surfactants, ou tensioactifs. Ces molécules ont la propriété d’altérer les tensions de surfaces et de stabiliser des systèmes qui sans elles, se sépareraient rapidement (cinétiquement instables).

Pendant ma thèse, j’ai effectué un travail de modélisation, afin de choisir les bonnes équations et les bons termes qui décrivent l’évolution temporelle du phénomène physique observé. Or, comme ces équations sont trop complexes pour être résolues exactement à l’aide de formules mathématiques, j’ai utilisé une méthode numérique afin d’en obtenir une estimation. J’ai ensuite analysé mathématiquement les propriétés du système d’équations obtenu (appelé système discret) afin de vérifier la fiabilité des résultats qu’il fournit. J’ai alors pu simuler numériquement le phénomène physique et mieux le comprendre. 

Les surfactants sont extrêmement communs et interviennent dans des contextes très variés. Une meilleure compréhension de leur fonctionnement peut donc être utile dans de nombreux domaines comme les sciences du climat, l’industrie pharmaceutique ou la microfluidique.

Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ? 

Le concours MT180 est avant tout à mon sens un défi de vulgarisation. Il me permet de partager en quelques mots des problématiques de recherche complexes et des concepts abstraits tout en essayant de faire part de ma fascination pour les mathématiques. Je trouve de plus très intéressant, voire puissant, d’être limitée à trois minutes. Cela oblige à éliminer le superflu. Enfin, j’espère faire vivre ma thèse grâce à cette expérience en la rendant imagée et parlante. J’ai pris beaucoup de plaisir dans la recherche de métaphores lors de l’écriture de mon texte, et j’entends en prendre encore plus en leur donnant de la voix.

Augustin Cledat effectue sa thèse au Laboratoire de Météorologie Dynamique (LMD - une unité mixte de recherche CNRS, ENS-PSL, Sorbonne Université, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Gestion des ressources en eau dans un climat qui change, coconstruction d'un Jumeau Numérique avec le territoire de la Drôme.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

L’eau est au cœur d’une multitude d’enjeux de société et la gestion de cette ressource doit s’appuyer sur des données particulièrement fiables. Or, créer de telles données représente un défi de taille, relevant d’une multitude de disciplines physiques dont l’hydrologie la climatologie mais aussi des sciences sociales telles que l’économie et la sociologie. En effet, dans l’anthropocène – l’ère géologique actuelle, au cours de laquelle l’influence de l’être humain sur les écosystèmes et la géologie est significative à l’échelle de l’histoire de la Terre – il est incontournable de connaître les usages de l’eau afin de mieux comprendre la quantité et la répartition de cette ressource à l’échelle d’un territoire. J’ai donc choisi de concentrer mes travaux sur la vallée de la Drôme et de réaliser un projet entre sociologie et hydro-climatologie afin de connaître au mieux la ressource en eau sur ce territoire.

L’objectif de ma thèse est donc de créer un outil d’aide à la décision autour de la gestion de l’eau, pour la vallée de la Drôme. Cet outil, un jumeau numérique de la ressource en eau dans cet environnement précis, rassemblera un large ensemble d’observations locales ou satellites et sera complété par un ou plusieurs modèles mathématiques. En d’autres termes, il s’agit d’un logiciel capable de simuler le cycle et l’utilisation de l’eau dans la vallée de la Drôme dans diverses situations, en se basant sur des modèles mathématiques établis à partir de relevés de terrain.

Avant de me lancer dans l’élaboration de mon modèle de jumeau numérique, j’ai souhaité m’assurer que celui-ci répondrait bien aux enjeux soulevés par les acteurs locaux. J’ai donc choisi d’impliquer ces derniers dans la construction du projet et de réaliser une enquête sociologique de terrain pour élaborer un cahier des charges de l'outil.

La co-construction sera également au coeur du développement de ce dernier et de son fonctionnement. Je prévois en effet des temps d’échanges dédiés sur le territoire ainsi que la mise en place d’expériences participatives. Dans le cadre de ces dernières, chaque citoyen de la vallée pourra s’équiper d’instruments de mesure de variables du cycle de l’eau (stations météo, pluviomètres …) et entrer ses données dans le jumeau numérique.

Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ?

Participer au concours est pour moi l’occasion de présenter ce projet de thèse interdisciplinaire qui me plait particulièrement au grand public et de pouvoir l’expliquer. C’est une action qui a énormément de sens. Je réalise également un rêve d’étudiant en y participant. J’avais en effet beaucoup d’admiration pour les doctorantes et les doctorants qui présentaient leurs sujets à MT 180 car ils me donnaient envie de rejoindre une nouvelle équipe de recherche à chaque fin de pitch. Enfin, le concours est utile à mon travail de thèse. Je suis régulièrement amené à présenter mon projet à des acteurs ne venant pas du monde académique (associations, élus, techniciens…) et MT180 m’apporte les clefs pour mieux interagir avec eux et porter les messages essentiels.

Umberto Fontana effectue sa thèse au laboratoire Services répartis, architecture modélisation validation administration de réseaux (SAMOVAR - un laboratoire de recherche Télécom SudParis, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Détection de botnets par intelligence artificielle explicable.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

Ma thèse porte sur la protection des applications web face aux nouvelles générations de robots en ligne, communément appelés bots. Ces agents automatisés sont conçus pour mener des fraudes à grande échelle, entraînant chaque année des pertes économiques considérables. Mon travail se concentre sur leur détection et leur mitigation, c’est-à-dire l’application de contre-mesures qui les empêchent de nuire. 

Pour cela, je conçois dans un premier temps un système capable d’identifier automatiquement les web bots. Je m’appuie sur des algorithmes d’apprentissage automatique capables d’isoler les utilisateurs présentant des comportements caractéristiques de l’automatisation.

Puis, dans un second temps, je cherche à renforcer la robustesse de ces puzzles utilisés sur le web pour différencier les bots des utilisateurs légitimes, les célèbres CAPTCHA. En effet, ces derniers peuvent aujourd’hui être très facilement contournés : il suffit de rémunérer un humain pour les résoudre. Mon objectif est d’empêcher l’usage de ces services via un agent autonome. Celui-ci fonctionne sur la base de mesures fondées sur les retards réseau liés au CAPTCHA. Pour être plus précis, j’identifie les utilisateurs dont le temps de propagation réseau n’est pas crédible par rapport à la position géographique détectée.

Ces deux volets de mes travaux sont étroitement liés : le système de détection signale la présence d’intrus, tandis que le CAPTCHA les bloque, réduisant ainsi le risque d’impacter des utilisateurs légitimes. Ensemble, ils offrent un avantage décisif face à des menaces souvent perçues comme insurmontables, et contribuent à construire un web plus sûr.

Que représente pour vous le concours MT180 et qu’attendez-vous de cette expérience ?

J’ai toujours été ouvert à l’idée qu’une carrière tournée vers le dialogue avec le public puisse faire partie mon avenir, ceci afin de rendre la science et la recherche plus accessibles. Le concours « Ma thèse en 180 secondes » est une première expérience de vulgarisation scientifique. Et dans cette perspective, la formation dont nous bénéficions en tant que candidats me parait être un outil précieux pour expérimenter concrètement ce rôle, avec ses difficultés mais aussi ses satisfactions.

Magali Korolev effectue sa thèse au Centre de Physique Théorique (CPHT - une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Les électrons comme des stylos Bic : comprendre comment de simples briques quantiques peuvent tout construire.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

Mon travail de thèse est théorique et concerne à la fois la physique quantique et le domaine de la matière condensée. Je m’intéresse à des systèmes dits topologiques, c’est-à-dire des matériaux dans lesquels de grands nombres d’électrons s’organisent et interagissent entre eux pour générer des propriétés collectives stables et résistantes aux perturbations.

En fonction de l’agencement des électrons et de leurs interactions, ces systèmes sont amenés à changer de phase (ou d’état, de la même manière que l’eau existe sous forme solide, liquide ou gazeuse). Ils peuvent alors passer d’une phase très simple - par exemple un état isolant dans lequel les électrons sont immobiles et n’interagissent pas entre eux - à un état topologique. C’est la transition de phase topologique. 

En m’appuyant sur des équations et des simulations numériques je caractérise ces transitions dans des systèmes où les électrons interagissent et se déplacent selon des règles et des géométries précises. J’observe ensuite comment ces mêmes règles et ces structures géométriques affectent les transitions topologiques. Dans ce contexte, il s’avère que le passage d’un état simple à un état topologique se traduit par des équations totalement différentes de celles qui caractériseraient une transition entre deux états simples.

Mais pourquoi étudier ces changements de phase ? Certains matériaux se comportant comme des systèmes topologiques présentent souvent des excitations électroniques à leurs extrémités : les états de bord protégés. Ces derniers sont à l’abri de toute impureté, changement de paramètres ou agitations inévitables de particules (fluctuations quantiques), ce qui intéressent fortement les concepteurs d’ordinateurs quantiques. Depuis quelques années les scientifiques cherchent à mettre au point des puces quantiques utilisant les états de bords protégés pour générer des qbits (l’unité d’information de l’informatique quantique). Les ordinateurs qui en découleront seront puissants et fiables. Seulement, manipuler ces particules et leurs propriétés nécessite une très bonne connaissance théorique des matériaux quantiques dont il reste de nombreuses choses à découvrir. D’où mon travail de thèse.  

Que représente pour vous le concours MT180 et qu’attendez-vous de cette expérience ?

Outre la vulgarisation scientifique, ce concours est avant tout l’occasion idéale de promouvoir la science et la recherche, et plus particulièrement auprès des jeunes filles. J’ai choisi les sciences car plus jeune j’ai eu la chance de voir beaucoup de documentaires et de vidéos de vulgarisation scientifique sur le web. Tous étaient réalisés par des personnes très talentueuses qui ont su piquer mon intérêt mais peu d’entre elles étaient des femmes. Aujourd’hui je suis doctorante - ce dont j'ai toujours rêvé - et j'estime que c'est à présent mon rôle de transmettre ma passion pour la physique quantique et les sciences en général, surtout aux filles ! 

Louise Loridon effectue sa thèse à l'Unité d’Économie Appliquée (UEA, un laboratoire ENSTA, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Élaboration d’un indicateur complexe qui mesure et analyse les impacts multiples des navires porte-conteneurs sur l’océan.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

Avec 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), le transport maritime constitue un enjeu majeur dans la lutte contre le changement climatique. Les études actuelles se concentrent d’ailleurs essentiellement sur ces émissions de GES, avec parfois la prise en compte de certains autres impacts des navires comme les rejets ou le transport d’espèces invasives.

Dans ce contexte, ma thèse offre une vision plus large. Elle porte en effet sur l’analyse des incidences du transport maritime sur la biodiversité marine, via une méthode globale et centralisée permettant de calculer et de visualiser l’ensemble de ces impacts. Le but de mon travail est de fournir une méthodologie fine permettant de quantifier, à l’aide d’indicateurs spécifiques, « l’empreinte biodiversité marine » des navires. C’est-à-dire les pressions qu’ils exercent sur les écosystèmes et la biodiversité qui les constituent, en termes de d’émissions, de pollution sonore, chimique, etc. Cette méthodologie repose sur un reporting environnemental, adressé au département RSE des armateurs et faisant appel à des experts (commandant de bord, expert bruit sous-marin etc.) au sein des entreprises.

L’objectif est d’obtenir une note par navire, en fonction de la route maritime qu’il emprunte sur une période donnée. Cette note sera accompagnée de propositions d’investissements en fonction des résultats du reporting. Elle permettra aux armateurs de comparer les bateaux et de considérer un paramètre environnemental plus global (signature acoustique, peinture moins chimique...) dans le choix des navires à affréter. Ils disposeront alors d’un véritable outil d’aide à la décision, leur apportant des indications sur leurs impacts les plus importants et ceux qu’il pourront changer à moindre coût. Cette recherche, menée dans le cadre d’un contrat CIFRE est par définition très liée à l’industrie. 

Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ?

Ce concours est une très belle opportunité de faire connaitre ma recherche et les enjeux liés à la protection de la biodiversité marine auprès d’un large public. C’est également une chance d’accéder à une formation qui nous accompagne à la fois sur la vulgarisation et la prise de parole en public avec des coachs excellentes. Sur un plan plus personnel, cette formation m’a permis de rencontrer des doctorants venant de disciplines et d’univers très différents, ce qui n’aurait pas forcément été le cas au quotidien au laboratoire. 

Martina Pierri effectue sa thèse au Laboratoire de Traitement et Communication de l'Information (LTCI - un laboratoire de recherche Télécom Paris, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Aider les petits systèmes d'IA intégrés aux appareils à mieux comprendre les images, grâce à une méthode plus intelligente permettant de se concentrer sur les détails essentiels.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

L’intelligence artificielle est mon quotidien. Notamment celle appliquée aux images, par exemple pour analyser ce que voient des caméras de surveillance, des véhicules autonomes ou des drones. Ma thèse porte sur des mécanismes appelés mécanismes d’attention. Ils permettent à ces systèmes de « prêter attention », un peu comme le ferait un humain. Ainsi, au lieu d’analyser chaque pixel de la même façon, ils aident les modèles d’IA à se concentrer sur les éléments vraiment importants d’une image et à ignorer le reste.

Ces outils sont cruciaux car les caméras produisent énormément de données et les modèles d’intelligence artificielle sont très gourmands en calcul et en énergie. Mieux utiliser l’attention permet donc d’avoir des systèmes plus rapides et moins consommateurs de ressources. Par exemple, une voiture à l’arrêt n’a pas besoin de scruter une scène dans ses moindres détails et peut se concentrer sur ce qui est vraiment suspect. Le même principe s’applique aux caméras de sécurité, aux robots qui doivent se repérer dans leur environnement, ou encore à l’analyse d’images médicales.

Or aujourd’hui, les mécanismes d’attention les plus utilisés sont souvent lourds à calculer. De plus, ils se focalisent soit sur la vue d’ensemble d’une image, soit sur des détails très précis, sans toujours relier correctement ces derniers au contexte global.

Mon rôle est donc de concevoir un nouveau mécanisme d’attention combinant vision globale et vision locale. J’en ai ainsi développé un adaptatif qui, en fonction de l’image présentée, décide automatiquement quelle importance donner à la vue d’ensemble et aux détails. L’objectif est d’obtenir des systèmes de vision artificielle plus intelligents dans la façon de regarder les images, plus rapides et surtout moins gourmands en énergie. 

Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ?

Tout d’abord une occasion de sortir de la bulle du laboratoire et de montrer que mon sujet a un impact concret. L’IA est sur toutes les lèvres mais ses applications réelles sont souvent mal connues. De plus, le doctorat est parfois perçu comme quelque chose de très théorique. Cette expérience me permet donc de présenter une application pratique de mes recherches tout en espérant attirer l’attention du public vers la recherche et pourquoi pas susciter les vocations. MT180 est aussi un défi personnel car le concours n’est pas dans ma langue maternelle, ce qui me sort de ma zone de confort. Cette expérience me permettra de progresser en vulgarisation scientifique et en prise de parole, mais aussi de gagner en confiance. Enfin, c’est l’occasion d’échanger avec d’autres doctorants de disciplines très différentes et de découvrir d’autres façons de raconter la recherche.

Adrien Ramanana Rahary effectue sa thèse au Laboratoire d'Informatique Gaspard Monge (LIGM - une unité mixte de recherche CNRS, Université Gustave Eiffel, École nationale des ponts et chaussées). Elle est intitulée Des yeux, des oreilles et de l'imagination pour apprendre aux machines à rêver.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

Mes travaux s’inscrivent dans l’avenir de l’intelligence artificielle. Je m’intéresse en effet aux « modèles du monde », une nouvelle classe de modèles d'IA capable de prédire l'évolution d'un environnement observé, en réaction à une action hypothétique. Je m’explique. En entraînant des réseaux de neurones sur de grandes quantités de données vidéo annotées des actions qui s'y déroulent à chaque instant, j'apprends à ces modèles à simuler les liens de causalité et à dérouler des futurs plausibles. 

Cette approche intéresse fortement la communauté scientifique car elle représente une voie prometteuse pour « l'après modèles de langage ». Contrairement à des IA comme ChatGPT, ces nouveaux modèles ont une bonne compréhension du monde physique et de la dynamique des environnements, capacités essentielles pour une IA autrement plus intelligente.

De tels outils ouvrent de nouvelles perspectives, comme la planification. Il devient en effet possible de tester « dans l’imagination » si une séquence d'actions accomplira une tâche complexe, ce que les IA actuelles ne savent pas vraiment faire. Par ailleurs, les modèles du monde serviront de simulateurs virtuels pour entraîner d'autres IA dans « l'imagination » du modèle plutôt que dans le monde réel. L’avantage est ici considérable puisqu’entraîner des systèmes dans un environnement réel demande des interactions souvent dangereuses, coûteuses ou impossibles à réaliser, alors qu'un simulateur basé sur ce principe offre un apprentissage plus efficace et sécurisé. 

Les modèles du monde trouveront naturellement des débouchés en robotique, notamment la robotique humanoïde qui progresse énormément, mais aussi dans le domaine des véhicules autonomes. Ils ouvrent également de nouvelles perspectives en sciences du climat et de l'environnement où ils modélisent la dynamique complexe de systèmes sans les décrire explicitement par des équations.

Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ?

Le concours MT180 est à mon sens un excellent catalyseur de vocations pour les lycéens. J’en ai fait moi-même l’expérience lorsque j'étais au lycée. J’ai en effet participé à un événement satellite appelé « La thèse de mon parrain en 180 secondes », pendant lequel j’ai rencontré pour la première fois des doctorants engagés dans le concours. Il faut croire que cela a bien fonctionné sur moi. Au-delà de l’anecdote, ce concours offre une opportunité précieuse de montrer la science en train de se faire, de manière accessible. C’est crucial dans un domaine comme l’IA qui transforme continuellement nos façons de vivre. Je considère que c'est une responsabilité des scientifiques de contribuer à éclairer les trajectoires possibles, les enjeux et les transformations à venir. Enfin, MT180 est un excellent défi personnel : synthétiser un sujet complexe, transmettre sa passion par une prestation vivante, captiver une audience en trois minutes... C'est un exercice très formateur !

Nathan Roubinowitz effectue sa thèse à l'Institut Photovoltaïque d'Île-de-France (IPVF - une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique, ENSCP, IPVF SAS, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Du transitoire au continu : étude de la relaxation des porteurs chauds pour le photovoltaïque.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

Mon quotidien est de m’intéresser au comportement des électrons dans les semi-conducteurs et plus particulièrement ceux qui ont beaucoup d'énergie (gagnée par absorption de lumière par exemple), les électrons chauds. En entrant en collision avec les atomes qui les environnent, ces électrons perdent relativement vite leur surplus d'énergie. Nous sommes ici à l’échelle de la picoseconde, 10-12s, soit le temps qu’il faut à la lumière pour parcourir 1mm. 

Dans ce contexte, je développe des méthodes de mesure et d'analyse afin de quantifier et de catégoriser ces pertes d'énergie par collision. Elles me permettent également de tester toute une série de matériaux de composition et de structure différentes.

Je mesure alors l’énergie des électrons chauds à l’aide de méthodes optiques comme la photoluminescence – à savoir l'émission de lumière propre au semiconducteur étudié – et ce dans deux régimes d'excitation. Un premier où les électrons sont amenés à un état d’énergie supérieur d'un coup grâce à un laser impulsionnel ultra court. Un second où j'illumine les électrons en continu. Dans les deux cas, j'accède à des informations complémentaires sur les collisions.  Je peux alors indiquer quel sera le gain à exploiter ces électrons pour... les panneaux solaires photovoltaïques !

En effet, s’il était possible d’utiliser le Soleil pour exciter ces électrons et de les récupérer avant qu'ils ne perdent leur énergie, le rendement de conversion de la lumière en électricité passerait de 47% - le mieux de ce que l'on sait faire au vu des obstacles à la conversion de la lumière - à 86%, la limite théorique où les électrons chauds ne subissent plus de collision du tout.

Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ?

Ce concours est avant tout pour moi le moyen de faire passer un message : celui qu'en 3 minutes, n'importe qui est capable de comprendre les contours d'un projet à la frontière de nos connaissances actuelles. MT 180 permet, je l'espère, de susciter l'intérêt du grand public et des futurs scientifiques. Dans un second message, je dirais aux lycéens qui viendront nous voir et nous lisent qu’il est possible de se saisir d’un tel événement et d’aller plus loin en se rendant aux visites des laboratoires, en regardant des vidéos de vulgarisation... et en travaillant à l'école !

Kate Sorg effectue sa thèse au Laboraoire d'Optique et Biosciences (LOB - une unité mixte de recherche CNRS, Inserm, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Les archées, nouveau terrain d’exploration des G-quadruplexes.

En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

La molécule d’ADN est connue pour son agencement en double hélice et ses liaisons adénosine-thymine (A-T) / guanine-cytosine (G-C). Il arrive cependant que ce plan d’assemblage universel diffère et que des nucléotides de guanine se lient entre eux pour former des quartets. Ces derniers s’empilent alors spontanément les uns aux autres et donnent naissance à des structures d’ADN un peu étranges, les G-quadruplexes (G4). Les G4 influencent la manière dont notre ADN fonctionne. Ils peuvent impacter l’expression et la réplication du génome et sont capables d’allumer et/ou d’éteindre des processus cellulaires pour leur maintenance. 

Mon travail est donc d’étudier spécifiquement les G4 chez les archées, des micro-organismes évolutivement proches des eucaryotes et vivant dans des conditions peu propices à la vie : températures élevées (95°C), milieux acides, environnements salins, etc. 

J’ai tout d’abord utilisé la microscopie par immunofluorescence pour marquer et repérer précisément les G4. En utilisant des microscopes dont la résolution était de plus en plus élevée (de l’ordre de 20 nm pour certains), j’ai pu montrer pour la première fois que les G4 existent chez ces microorganismes constituant un groupe ancien de la vie sur Terre. Observer des G-quadruplexes chez les archées prouve en outre que ces structures étaient présentes très tôt dans l’évolution et donc, aujourd’hui, chez tous les êtres vivants. 

Cette première étape terminée, je cherche à présent à comprendre les différents rôles des G4 au sein des archées. Je prévois ainsi de supprimer certains G-quadruplexes pour observer si les archées peuvent toujours survivre en conditions extrêmes. Il s’agira ensuite de déterminer si les rôles des G4 sont similaires chez les archées et les humains, et ainsi de découvrir les liens éventuels entre ces deux groupes. Ou, à l’inverse, d’identifier des fonctions spécifiques aux archées. 

Ce travail de recherche fondamentale ouvrira la voie à d’autres recherches tournées vers les applications potentielles des G4. Parmi elles, l’utilisation de ces structures dans le développement de médicaments dirigés contre les maladies neurodégénératives. 

Que représente pour vous le concours MT180 et qu’attendez-vous de cette expérience ?

Je suis originaire des États-Unis et installée en France depuis 3 ans. Ce concours est pour moi une façon de tester mon français mais aussi d’être fière de tout le travail que j’ai accompli sur le plan scientifique ainsi que sur le plan linguistique et culturel. MT 180 me permettra également d’apprendre à communiquer mes recherches auprès du grand public et aussi de découvrir le travail des autres concurrents...tout en m’amusant ! 

Nadir Soucha effectue sa thèse au Laboratoire Interdisciplinaire de l'École Polytechnique (LINX - un laboratoire École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Performance économique et performance durable, un paradoxe Indien ? : le cas des embrayages de l'équipementier automobile Valeo.

 En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?

Mes travaux de thèse consistent à interroger les pratiques des acteurs en matière de décarbonation dans l’industrie automobile, et plus spécifiquement au sein d’un équipementier fournisseur de rang 1, Valeo. À travers une étude comparative menée en France et en Inde sur l’activité matériaux de friction d’embrayages, j’analyse l’impact de la décarbonation sur la performance industrielle en mobilisant la comptabilité carbone issue du Greenhouse Gas Protocol, qui distingue les émissions directes (scope 1), celles liées à l’électricité consommée (scope 2) et celles de la chaîne de valeur (scope 3).

Les premiers résultats montrent qu’à production équivalente, le site indien émet moins de CO₂ que le site français, notamment grâce à un fonctionnement entièrement électrique et à un mix énergétique composé d’environ 90 % d’énergies renouvelables, ce qui a permis d’éviter près de 7 000 tonnes d’émissions. Ces observations mettent en évidence qu’une production plus sobre en carbone est possible même dans un contexte souvent perçu comme plus dépendant aux énergies fossiles.

En comprenant plus en profondeur les problématiques liées à la mesure des émissions — en particulier la complexité du scope 3, qui nécessite des données fournisseurs et reste peu standardisée — ainsi qu’aux transformations industrielles et technologiques associées, l’un des objectifs de cette thèse est d’identifier un modèle industriel permettant de faire converger performance économique et performance durable, en particulier dans un environnement complexe : qualité des infrastructures, rôle des pouvoirs publics, incompréhensions des acteurs, dépendance aux énergies fossiles, capacité d’investissement limitée, place de l’innovation, etc.

Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ? 

Le concours Ma thèse en 180 secondes représente pour moi une belle opportunité de sensibiliser un public large aux enjeux de le recherche. J’attends également de cette expérience qu’elle me permette de rendre compte avec aisance des enjeux liés à la décarbonation dans un environnement industriel, et cela dans un langage clair, précis, et captivant.