Les entretiens du CIEDS, épisode 6 : professeur Antoine Rousseau, chercheur au LPP et co-fondateur de Plasana Médical
À propos de l’invité
Antoine Rousseau
Professeur et Directeur de recherche, LPP, École polytechnique
Co-fondateur de Plasana Medical
« Le soutien sur le long terme est absolument crucial pour permettre à une idée issue du laboratoire d’être transférée et de devenir une innovation, en particulier dans le cadre de recherches interdisciplinaires. »
Après avoir réalisé un doctorat consacré à la caractérisation d’une source d’atomes d’hydrogène générée par une décharge micro-ondes, sous la direction de Philippe Leprince au Laboratoire de Physique des Gaz et des Plasmas, Antoine Rousseau est recruté comme chercheur CNRS au sein de ce même laboratoire. À partir de janvier 2004, il rejoint le Laboratoire de Physique des Plasmas de l’École polytechnique, où il est aujourd’hui professeur et directeur de recherche. Ses travaux de recherche portent principalement sur le traitement de l’air et la destruction des polluants par couplage plasma-catalyseur, ainsi que sur les applications biomédicales des plasmas non thermiques. Antoine Rousseau n’est pas seulement chercheur : il est également cofondateur de la start-up Plasana Médical.
Les moments clés de l’épisode
Issue de plus de dix ans de recherche et créée avec Technofounders en novembre 2022, Plasana Médical vise à développer un dispositif médical innovant à base de plasma froid multi-jets pour accélérer la cicatrisation des plaies. Destinée aux brûlures sévères et aux plaies chroniques, il est adaptée aux usages militaires et civils.
Les plasmas froids
Les plasmas sont des milieux partiellement ionisés. Ils sont constitués d’un champ électrique, de quelques ions et électrons, ainsi que d’espèces réactives telles que l’oxygène et l’azote. Par exemple, lorsqu’on se prend une petite décharge électrique par une autre personne, il s’agit de plasmas froids.
Simulation des quatre piliers de la cicatrisation
Antoine Rousseau et son équipe démontrent en 2017 que les plasmas froids permettent de stimuler, sous certaines conditions, les quatre piliers fondamentaux de la cicatrisation :
- la croissance de cellules appelées kératinocytes constituant l’épiderme, autrement dit la couche superficielle de la peau ;
- l’activation de cellules constituant le derme, telles que les fibroblastes qui confèrent l’élasticité à la peau par le biais de la production de collagène ;
- la vascularisation, c’est-à-dire la formation et le développement de vaisseaux sanguins afin de subvenir aux besoins en oxygène et en nutriments des différentes parties du corps ;
- le renforcement des défenses immunitaires couplé à un pouvoir bactéricide d’une sensibilité remarquable, autrement dit une forte capacité à tuer les bactéries.
Des applications duales
« La santé est intrinsèquement duale, voire doublement duale », souligne l’invité du jour. Le dispositif à base de plasma froid développé par Plasana Médical pourrait traiter les brûlures sévères en contexte militaire, mais aussi les grands brûlés dans le domaine civil. À l’avenir, la start-up a également pour objectif de contribuer au traitement des plaies chroniques (ulcère veineux, pied diabétique, etc.), qui touchent à ce jour environ 2 millions de personnes en France. En stimulant la régénération cellulaire, le plasma apparaît comme une solution prometteuse.
Un soutien sur le long terme
C’est une belle aventure qui a été initiée en échangeant avec la Direction générale de l’armement (DGA). « Nous avons mené des premières études, financées par la DGA puis par l’AID, afin de comprendre comment des plaies et des brûlures sévères réagissent à une exposition au plasma », explique Antoine Rousseau. Par la suite, d’autres travaux ont été menés en collaboration avec l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées et l’Institut Pasteur, à la fois sur des modèles in vitro (en laboratoire, hors organisme vivant) et in vivo (directement sur un organisme vivant) de brûlures sévères. À partir de 2019, l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris), l’École polytechnique et sa fondation, ainsi que la SATT Paris-Saclay se joignent à la DGA, l’Agence de l’innovation de défense (AID) et le Centre Interdisciplinaire d’Études pour la Défense et la Sécurité (CIEDS) afin de soutenir les projets de recherche menés au LPP et de favoriser le transfert technologique.
Attentes vis-à-vis des jeunes générations
Le chercheur encourage les jeunes à envisager une carrière académique, y compris ceux qui souhaitent s’orienter directement vers l’industrie. « Faire une thèse est une expérience stimulante : elle permet de côtoyer des chercheurs travaillant sur des thématiques très diverses, et ainsi de sortir de son cadre culturel et sa formation initiale », souligne Antoine Rousseau.
Il précise avoir vu de nombreux doctorants du LPP repartir avec une multitude d’idées, certains allant jusqu’à créer leur propre entreprise par la suite, souvent inspirés par des travaux menés en laboratoire ou par des échanges lors de congrès. Le scientifique s’adresse également à ceux qui ne souhaitent pas faire de thèse mais qui ont le souhait de créer directement leur entreprise, en leur conseillant de rester en lien avec les laboratoires de recherche. « De nombreuses idées émergent dans ces environnements, mais les chercheurs n’ont pas toujours le temps ni l’envie d’en assurer le transfert technologique », explique le chercheur.