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[REFLEXIONS] La sécurité énergétique, un enjeu technique et politique

Le 21 jan. 2026
Garantir la stabilité et la durabilité d’un système énergétique revêt une dimension politique stratégique, souligne Mathieu Xémard, ingénieur de l’armement et chargé de mission au Centre Interdisciplinaire d’Etude pour la Défense et la Sécurité (CIEDS) d’IP Paris. La sécurité énergétique sera au centre de la table-ronde qu’il présidera lors du colloque Réflexions organisé par l’Institut Polytechnique de Paris, le 5 février.
[REFLEXIONS] La sécurité énergétique, un enjeu technique et politique
Mathieu Xémard est le chairman de la table ronde Sécurité énergétique - Colloque Réflexions - 5 février 2026

Pour qu’une voiture thermique roule en France, il aura fallu que du pétrole soit extrait à plusieurs milliers de kilomètres de là, dans des pays aux régimes politiques souvent bien différents de celui de l’Hexagone. Donc que des accords soient passés et que des frontières soient franchies. « On oublie parfois une évidence : les sociétés font des choix de systèmes techniques, l’automobile par exemple, qui ont des conséquences géopolitiques stratégiques », souligne Mathieu Xémard, chimiste et ingénieur de l’armement à l'Ecole polytechnique.

Spécialiste des matières et matériaux stratégiques au Centre Interdisciplinaire d’Études pour la Défense et la Sécurité (CIEDS) de l'Institut Polytechnique de Paris, le chercheur animera une table-ronde consacrée à la sécurité énergétique lors du colloque Réflexions organisé le 5 février par l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris).

En réunissant des spécialistes scientifiques, industriels et politiques de l’énergie, le colloque vise à analyser les interconnexions entre les dimensions technologiques, économiques, environnementales et sociétales de la transition énergétique autour de trois axes : la durabilité, la sécurité et la justice énergétiques.

Interdépendance énergétique mondiale

« Face à nos étudiants, une fois ce constat posé, nous sortons des cartes », poursuit Mathieu Xémard, qui a développé des conférences sur la sécurité énergétique avec son collègue Manuel Dorion-Soulié, professeur assistant de civilisation américaine au CIEDS. « Nous leur montrons d’où viennent les matériaux, par où ils passent pour nous parvenir, et ce que cela crée comme opportunités et tensions... »

Du puits de forage au réservoir d’une voiture, la route est longue et parfois sinueuse. La sécurité énergétique implique ainsi de garantir la stabilité de l'approvisionnement, la résilience des infrastructures et la capacité à faire face aux crises géopolitiques, climatiques ou techniques. Par ricochet, la sécurité énergétique soulève des questions liées aux risques de coupures d’électricité – souvenons-nous de la panne géante en Espagne et au Portugal en 2025 – la souveraineté électrique et le contrôle des technologies stratégiques. Cette table ronde examinera la complexité croissante de l'interdépendance énergétique mondiale, discutera des stratégies visant à sécuriser les ressources critiques et explorera les moyens par lesquels les gouvernements, les chercheurs et l'industrie peuvent collaborer pour renforcer la résilience et garantir un accès fiable et abordable à l'énergie.

Nouvelles ressources, même questions

Comprendre les interactions entre les États, mais aussi entre eux et les différents acteurs de la communauté internationale tels que les organisations internationales, les ONG et les entreprises, nécessite donc d’appréhender les conséquences des choix sociaux, économiques, et politiques.

Électrifier les moyens de transport, par exemple, implique de se fournir en minéraux ou métaux majoritairement situés dans le sous-sol de la Chine, du Chili et de la République démocratique du Congo. Trois États différents avec trois régimes politiques différents sur trois continents différents… L’équation a de quoi faire tourner la tête.

La table-ronde explorera ainsi d’autres pistes, comme celle des mines urbaines, qui visent à valoriser les ressources contenues dans ces vieux appareils. « À la différence du pétrole qui part en fumée à mesure qu’on l’utilise, une batterie de voiture ne disparaît pas et peut être valorisée comme stockage fixe lorsqu’elle commence à perdre ses capacités – ce qui pourrait permettre par la même occasion de régler certains problèmes de sécurité énergétique. Enfin, ses matériaux pourront, au moins pour partie, être recyclés en fin de vie », souligne Mathieu Xémard. Reste, ajoute-t-il, que les relations internationales demeurent une dimension incontournable à la sécurité énergétique. 

 

A propos de Mathieu Xémard 

Ancien étudiant du programme Ingénieur Polytechnicien, Mathieu Xémard a poursuivi sa formation par un doctorat en chimie des terres rares au Laboratoire de Chimie Moléculaire (LCM) de l’École polytechnique, avant de rejoindre la DGA en tant qu’expert. Depuis février 2024, il a intégré le Centre Interdisciplinaire de Défense et de Sécurité (CIEDS) de l’Institut Polytechnique de Paris, où il travaille au renforcement du thème de la souveraineté (industrielle et énergétique) à travers des projets liés au cycle de vie et aux chaînes de valeur des métaux stratégiques. Il participe également au renforcement des liens collaboratifs entre le CIEDS (et plus largement l’Institut Polytechnique de Paris) et le ministère des Armées et des Anciens combattants.

>> Mathieu Xémard sur Research Gate